Naples évoque bien évidemment Pompéi et le Vésuve, mais regorge elle-même de nombreuses richesses culturelles et artistiques, que je n’avais jamais eu l’occasion de voir. En voyage avec ma mère, nous avons décidé de nous concentrer sur Naples pour simplifier la logistique, mais aussi car nous avions déjà visité Pompéi lorsque j’étais enfant et pas encore en fauteuil roulant…
Nous avions été prévenues par des amis qui avaient déjà visité la ville : Naples n’est pas des plus accessibles. Mais je n’avais pas mesuré à quel point elle l’était si peu. Entre les scooters qui ne prêtent absolument aucune attention aux piétons et les pavés irréguliers, se déplacer en fauteuil roulant à Naples relève du défi. La ville a d’ailleurs rejoint mon top 3 des destinations les moins accessibles que j’ai visitées, aux côtés de Kiev et Belgrade.
Malgré tout, je ne regrette pas du tout ce voyage, car autrement, j’aurais manqué les sites magnifiques que nous avons eu la chance de découvrir. Comme dans d’autres villes peu accessibles, arriver dans un musée est un immense soulagement : les sols y sont bien plus praticables et l’accessibilité bien meilleure qu’à l’extérieur.
Jour 1 : Arrivée et centre historique
L’aéroport étant situé tout près du centre-ville, un court trajet en taxi suffit pour rejoindre notre logement, un appartement réservé sur Booking que je trouve bien plus pratique qu’AirBnb pour sélectionner des logements accessibles en fauteuil. Trouver un logement avec ascenseur dans le centre est possible, mais pas des plus faciles…
Nous ressortons ensuite pour une première balade dans le centre historique et avons un premier aperçu des pavés irréguliers du vieux Naples…Un vrai bonheur !
Après un thé et une pâtisserie dans une boulangerie sans gluten (Leopoldo Cafe Bar, P.za Cavour, 78/79), nous remontons, jusqu’à la cathédrale, la Via Duomo, dont les grands pavés plats rendent la circulation plus agréable. La cathédrale Santa Maria Assunta est accessible grâce à une rampe, ce qui est une bonne chose, car il aurait été dommage de manquer cette imposante église gothique et son baptistère qui abrite une très belle mosaïque.

Jour 2 : Museo e Real Bosco di Capodimonte, Gallerie d’Italia & bord de mer
Rejoindre le Museo e Real Bosco di Capodimonte à pied aurait été une ascension trop raide. Entre les pavés et la pente, nous optons donc pour un taxi Uber. Mon fauteuil se plie et rentre facilement dans n’importe quel coffre de voiture, mais ici, c’est une voiture haute type Kangoo, ce qui est encore plus pratique. Le chauffeur nous dépose directement à l’entrée des jardins. Malgré un ciel nuageux, nous prenons le temps d’admirer la vue imprenable sur Naples et le Vésuve, qui avait terrifié l’enfant que j’étais lors de mon dernier séjour dans la baie de Naples.
Le musée, que nous avons la chance de visiter presque seules, possède une collection impressionnante de peintures et d’objets. Aucun problème d’accessibilité en fauteuil : deux ascenseurs permettent d’accéder aux étages, notamment à la salle où se trouve le très prenant tableau de Caravage, La Flagellation du Christ. Également des toilettes accessibles au fauteuil roulant.
Nous redescendons ensuite vers le centre historique, en passant par le Palazzo dello Spagnolo, dont la cour abrite un très bel escalier. La descente est sportive, car la rue est extrêmement pentue, ajoutant encore un niveau de complexité aux pavés et aux deux roues.
Après une pause déjeuner au calme, nous poursuivons avec la Galleria Umberto I, une galerie commerçante qui n’est pas sans rappeler la Galleria Vittorio Emanuele II à Milan, bien que les boutiques y soient nettement moins haut de gamme. L’une des entrées étant de plain-pied, l’accès est aisé en fauteuil. À deux pas de là, se trouve la Gallerie d’Italia Napoli, un musée de peintures dont l’entrée est équipée d’une rampe et d’un élévateur. Plusieurs ascenseurs nous permettent de visiter confortablement l’exposition temporaire sur Lord et Lady Hamilton, maîtresse de l’amiral Nelson, ainsi que la superbe collection permanente, notamment les émouvantes statues du sculpteur napolitain Vincenzo Gemito.
Petite pause au Gran Caffè Gambrinus, une adresse pleine de charme et un havre de calme qui offre une pause bienvenue des coups de klaxons incessants de la rue. L’entrée comporte une petite marche, mais reste praticable. En revanche, les toilettes ne sont pas accessibles.
Alors que la nuit tombe, nous gagnons le front de mer pour rentrer. Il est globalement praticable, même si certains trottoirs sont en assez mauvais état.
Jour 3 : Eglises & musée archéologique
La journée débute avec la Cappella Sansevero, une petite église baroque accessible via une marche ou une rampe amovible. La statue du Christ voilé de Giuseppe Sanmartino, représentant le Christ mort, est une véritable prouesse technique, mais aussi une œuvre d’une grande émotion et d’une intensité bouleversante.
Après avoir tenté sans succès de visiter Santa Chiara qui était fermée, nous continuons avec l’église San Lorenzo Maggiore, une église gothique dépouillée, « débaroquisée », qui ne conserve que deux très belles chapelles baroques. L’accès se fait facilement grâce à une rampe.
Nous finissons la matinée au Museo Civico Gaetano Filangieri, un palais Renaissance abritant une collection de peintures et d’objets d’art. Il faut franchir trois marches pour entrer, mais un ascenseur permet ensuite d’accéder au premier étage (mais pas au deuxième étage).
L’après-midi commence avec la visite de l’église Pio Monte della Misericordia, remarquable pour son lumineux tableau du Caravage. L’accès se fait sans difficulté grâce à une rampe depuis la rue. Et enfin nous arrivons au Musée archéologique que je rêvais de visiter. Le bâtiment est bien accessible, même si l’entrée se fait par le parking, dont la barrière d’entrée laisse à peine assez d’espace pour passer en fauteuil. Il y a des toilettes accessibles dont la porte ne fermait pas, mais qui avaient au moins le mérite d’exister ! Quant à la collection, notamment les mosaïques et fresques de Pompéi et Herculanum, elle est absolument magnifique.

Jour 4 : Castel Sant’Elmo, Teatro di San Carlo et encore la mer
Nous testons le métro napolitain, qui est étonnamment propre et complètement accessible, du moins pour les stations que nous avons utilisées (Duomo et Toledo). Nous remontons la Via Toledo, dont les trottoirs assez larges sont praticables avec le fauteuil, et arrivons au Mercato Pignasecca où quelques étals proposent fruits, légumes et poissons frais.
Après être redescendues par la Via Toledo, nous gagnons la station Augusteo du funiculaire central (Funiculario Centrale) pour monter jusqu’au Castel Sant’Elmo. Nous descendons à la dernière station, Funicolare Centrale, elle aussi entièrement accessible en fauteuil roulant. Après une dizaine de minutes de montées et descentes, nous arrivons au Castel Sant’Elmo, une forteresse du XIVe siècle qui offre une vue époustouflante à 360° sur Naples et sa baie. Pour savourer la vue sur la ville et le Vésuve un peu plus longtemps, nous prenons un café à Scaturchio, accessible grâce à une rampe.
Nous poursuivons avec le monastère Certosa e Museo di San Martino, dont l’accès se fait de plain-pied depuis la rue. L’église baroque tapissée de marbre est magnifique, mais c’est surtout l’immense crèche napolitaine du musée qui retient notre attention. Nous redescendons en funiculaire vers la Via Toledo pour un déjeuner au délicieux restaurant sans gluten Zero Zero Grano (Via Carlo de Cesare, 40).
L’après-midi débute avec la visite guidée du Teatro di San Carlo. Le guichet n’est pas accessible en fauteuil, ce qui aurait posé problème si j’avais été seule pour acheter mon billet. Heureusement, l’intérieur du théâtre, qui accueille opéras et concerts, est bien adapté : l’entrée se fait par un accès latéral, puis un ascenseur permet d’accéder aux différents étages.
Après cette superbe visite, nous partons nous promener le long du front de mer, mais cette fois dans la direction opposée à celle du deuxième jour. Le trottoir est entièrement accessible, ce qui rend la balade très agréable.
Jour 5 : Mercato Porta Noala & Santa Chiara
Dernière matinée à Naples avant le départ ! Nous partons à la découverte du Mercato Porta Nolana, à une quinzaine de minutes à pied de notre appartement. Plus grand que le Mercato Pignasecca, ce marché propose une grande variété de produits : fruits, légumes, poissons, mais aussi vêtements et chaussures à des prix défiant toute concurrence. Les rues du marchés sont vraiment défoncés, et il n’est pas aisé de circuler en fauteuil.
Nous retentons ensuite notre chance à Santa Chiara, qui, cette fois-ci, est ouverte. Il aurait été vraiment dommage de rater son cloître aux majoliques jaunes et bleues qui ne sont pas sans rappelés l’Andalousie et qui avait aussi le mérite d’être complètement accessible en fauteuil.
Après avoir acheté des santons dans une des nombreuses boutiques de crèches traditionnelles du centre historique, nous prenons un taxi pour l’aéroport.

Alors Naples en fauteuil, une bonne idée ? Pas forcément, mais il aurait été vraiment dommage de rater les richesses culturelles de cette ville chargée d’histoire. Cependant, se déplacer en fauteuil roulant à Naples reste un véritable défi. Entre les pavés irréguliers, les trottoirs souvent impraticables et la circulation chaotique, chaque déplacement demande une bonne dose de patience. Heureusement, les transports en commun que nous avons empruntés (métro et funiculaire) se sont révélés bien accessibles, et la plupart des musées et sites culturels disposent de rampes et/ou d’ascenseurs. Par ailleurs, nous avons presque toujours été exemptées de payer les billets d’entrée dans les différents musées, ce qui fut une agréable surprise.
Avec le recul, avoir une troisième roue plus grande à l’avant du fauteuil au lieu des petites roues habituelles aurait été un vrai plus pour affronter les pavés napolitains, qui ont parfois rendu les déplacements particulièrement compliqués. Mais malgré ces défis, la plupart des lieux culturels que nous avons visités étaient bien accessibles, ce qui a rendu le voyage enrichissant malgré les obstacles.
| Lieu | Accessibilité | Détails |
| Centre historique | 🔴 Mauvaise | Rues aux pavés défoncés (sauf Via Duomo et Via Toledo). |
| Cathédrale Santa Maria Assunta | 🟢 Bonne | Entrée avec une rampe. |
| Cappella Sansevero | 🟢 Bonne | Seulement une marche. Possibilité de rampe amovible. |
| San Lorenzo Maggiore | 🟢 Bonne | Entrée avec une rampe. |
| Pio Monte della Misericordia | 🟢 Bonne | Entrée avec une rampe. |
| Santa Chiara | 🟢 Bonne | Entrée de plain-pied. |
| Certosa e Museo di San Martino | 🟢 Bonne | Entrée de plain-pied. Rampes dans le musée. |
| Museo e Real Bosco di Capodimonte | 🟢 Bonne | Ascenseurs, toilettes adaptées |
| Gallerie d’Italia Napoli | 🟢 Bonne | Rampe, élévateur et ascenseurs. |
| Museo Civico Gaetano Filangieri | 🔴 Mauvaise | Trois marches pour rentrer. Ascenseur qui accède seulement au 1er étage. |
| Musée archéologique | 🟢 Bonne | Entrée de plain-pied et ascenseurs. Toilettes adaptées. |
| Castel Sant’Elmo | 🟢 Bonne | Rampe pour accéder au guichet de tickets, puis ascenseur. |
| Teatro di San Carlo | 🟡 Moyenne | Entrée accessible et ascenseur, mais guichet impraticable. |
| Galleria Umberto I | 🟢 Bonne | Entrée de plain-pied (seulement depuis une rue). |
| Mercato Pignasecca | 🔴 Mauvaise | Sol très abîmé, difficile en fauteuil |
| Mercato Porta Nolana | 🔴 Mauvaise | Sol très abîmé, difficile en fauteuil |
Photos de l’auteur.
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